« La jeunesse africaine doit devenir une force économique », Monfon Adamou Jamel Petouonchi, président de l’Economic and Financial Club
Officiellement lancé après plus d’une décennie d’activités discrètes et de réflexions stratégiques, le Economic & Financial Club ambitionne de devenir un véritable laboratoire d’idées au service de l’Afrique centrale. Son promoteur, Sa Majesté Monfon Adamou Jamel Petouonchi, revient sur la vision, les ambitions et les défis d’une initiative qui veut rapprocher expertise, finance et décision publique.

Monsieur le Président, pourquoi avoir choisi ce moment pour officialiser l’Economic & Financial Club après plus de dix années de maturation ?

L’Economic & Financial Club (EFC) franchit aujourd’hui une étape décisive de son évolution. Après plus d’une décennie de maturation, nous avons estimé que le moment était venu de faire passer cette dynamique du virtuel au réel. Cette officialisation n’est ni un effet de circonstance ni une initiative précipitée ; elle constitue l’aboutissement d’un long cheminement intellectuel, collectif et stratégique.

Nous tenons, à cet égard, à exprimer notre profonde reconnaissance envers les membres fondateurs, dont la clairvoyance, la fidélité à la vision initiale et la persévérance ont permis d’asseoir les fondations de cette institution. Nos remerciements vont également à toutes celles et tous ceux qui, au sein de notre plateforme virtuelle, ont nourri pendant des années des débats d’idées d’une rare densité.

Les positions y ont parfois été contrastées, parfois dialectiques, mais c’est précisément de cette confrontation féconde des analyses que s’est consolidée notre crédibilité. En cultivant l’objectivité, l’exigence intellectuelle, le respect des sensibilités et la rigueur du raisonnement, nous avons peu à peu façonné une identité forte. Aujourd’hui, cette communauté de pensée se structure pour devenir un véritable instrument d’influence, de proposition et d’impact au service de l’Afrique centrale.

Durant toutes ces années, nous avons privilégié la réflexion, la confrontation des idées et la consolidation d’un réseau d’experts, de praticiens et de décideurs unis par une même ambition pour notre sous-région.

À présent, les mutations économiques, technologiques et géopolitiques imposent un passage à l’action plus structuré. Entre la ZLECAf, les enjeux de souveraineté économique, l’essor de l’intelligence artificielle, les impératifs d’inclusion financière et d’inclusion sociale, ainsi que les défis liés à l’emploi des jeunes, au pouvoir d’achat des ménages et au financement de nos économies, il devenait indispensable de doter notre réflexion d’un cadre institutionnel capable non seulement de produire de l’analyse, mais surtout de susciter des résultats concrets.

Que représente cette phase de maturation dans l’identité du Club ?

Cette phase a été essentielle. Elle nous a permis de bâtir une organisation fondée sur la crédibilité, l’exigence, la cohésion et le sens des responsabilités. Nous avons pris le temps d’éprouver nos idées, d’interroger les réalités économiques de notre sous-région, de confronter les points de vue et de définir une méthode de travail à la fois ambitieuse et pragmatique.

L’EFC ne naît donc ni d’une émotion passagère ni d’une simple volonté d’affichage. Il repose sur une expérience mûrie, une vision clarifiée et une volonté résolue : contribuer, dans la durée, à la transformation économique et sociale de l’Afrique centrale.

Pourquoi l’Afrique centrale avait-elle besoin d’un espace comme l’EFC ?

Parce que notre région dispose d’atouts considérables, mais demeure encore trop peu présente dans les lieux où se dessinent les grandes orientations économiques, financières et stratégiques. Trop souvent, les décisions qui nous concernent sont pensées sans nous, ou avec une prise en compte insuffisante de nos réalités propres.

L’EFC entend contribuer à l’affirmation d’une expertise africaine, enracinée dans nos contextes, capable d’éclairer utilement les décisions publiques et privées. Notre ambition est également de créer davantage de passerelles entre les institutions, le secteur privé, le monde académique, la diaspora et les jeunes talents.

Nous voulons être un espace de dialogue stratégique, mais aussi un cadre d’impulsion, d’accompagnement et de co-construction de solutions concrètes pour la transformation économique, l’inclusion sociale et la prospérité partagée de notre région.

Quelle est aujourd’hui la mission du Club ?

Notre mission s’articule autour de trois priorités majeures : produire une réflexion économique rigoureuse, fédérer les compétences et accompagner l’action.

Mais au-delà de cette formulation, notre vocation est claire : contribuer à l’émergence d’un écosystème de pensée et d’action capable d’orienter les politiques économiques, d’encourager l’innovation, de promouvoir l’inclusion financière, de renforcer l’inclusion sociale et de favoriser l’éclosion d’opportunités concrètes, notamment pour la jeunesse.

Quelle lecture faites-vous de la situation économique actuelle de l’Afrique centrale ?

Nous demeurons profondément optimistes, mais avec lucidité. Notre région dispose de ressources abondantes, d’une jeunesse dynamique et de marges importantes de croissance. Toutefois, la question décisive n’est plus seulement celle de la disponibilité des ressources naturelles ; elle est désormais celle de leur transformation, de notre compétitivité collective, de la qualité du capital humain et de la capacité de nos économies à créer de la valeur durable.

L’avenir économique de l’Afrique centrale dépendra de notre aptitude à bâtir des infrastructures solides, à nourrir nos populations, à transformer localement nos ressources, à élargir l’accès aux services financiers, à réduire les fractures sociales et territoriales et à investir durablement dans les compétences.

Une croissance qui ne crée ni inclusion ni mobilité sociale demeure fragile. C’est pourquoi nous pensons que la performance économique doit aller de pair avec l’élargissement des opportunités, l’accès au financement, la dignité par le travail et l’intégration des populations les plus vulnérables dans la dynamique de développement.

Quels sont aujourd’hui les défis prioritaires selon vous ?

Le premier défi est celui de la formation. Nos systèmes éducatifs doivent évoluer avec davantage de célérité afin de répondre aux réalités économiques, industrielles et technologiques de notre temps. Il ne s’agit plus seulement de former pour l’emploi traditionnel, mais de préparer aux métiers d’avenir, aux compétences numériques, à la finance moderne, à l’analyse de données, à l’ingénierie, aux industries de transformation, aux technologies vertes et aux nouveaux services.

Le deuxième défi concerne l’innovation, l’industrialisation et la compétitivité. L’intelligence artificielle, la digitalisation des services financiers, l’automatisation de certaines fonctions et l’émergence de nouveaux modèles d’affaires redessinent déjà le paysage professionnel. Nous devons préparer nos entreprises, nos institutions et notre jeunesse à ces mutations, afin qu’elles ne les subissent pas, mais qu’elles en deviennent des acteurs.

Le troisième défi est celui de l’intégration économique régionale. Nos économies gagneront en puissance si elles coopèrent davantage, si elles mutualisent certaines ambitions et si elles structurent des chaînes de valeur communes.

Enfin, un autre défi majeur réside dans la création massive d’emplois décents, durables et qualifiants pour les jeunes. La stabilité de nos sociétés dépendra largement de notre capacité à offrir à la jeunesse autre chose que l’attente : une perspective, une place, un rôle et une espérance concrète.

La jeunesse occupe une place importante dans votre discours. Quelle vision portez-vous sur cette nouvelle génération ?

La jeunesse africaine représente une formidable énergie de transformation. Nous avons aujourd’hui une génération de jeunes leaders d’ici et de la diaspora, d’entrepreneurs, de créateurs de richesse, d’innovateurs et de professionnels qui aspirent à prendre pleinement part à la construction de l’avenir du continent.

Il ne s’agit nullement d’opposer les générations ni de reléguer l’expérience des aînés. Celle-ci demeure précieuse, structurante et irremplaçable. En revanche, nous devons accorder davantage de confiance à la jeunesse, lui ouvrir des responsabilités réelles, l’associer aux espaces de décision et renforcer les mécanismes de transmission intergénérationnelle.

Une société progresse véritablement lorsque l’expérience et l’innovation, la mémoire et l’audace, avancent de concert. Notre responsabilité collective consiste à faire en sorte que la jeunesse ne soit pas seulement célébrée dans les discours, mais intégrée au cœur des choix stratégiques et des transformations à venir.

Comment l’EFC entend-il accompagner cette dynamique ?

Nous voulons créer un cadre dans lequel les jeunes talents pourront apprendre, contribuer, se professionnaliser et évoluer au contact d’experts, de décideurs et d’acteurs de terrain. Il s’agit pour nous de bâtir un espace de transmission, d’élévation et de responsabilisation.

À travers nos masterclasses, nos travaux stratégiques, nos programmes d’échanges et le Parcours de la relève, nous souhaitons favoriser l’émergence d’une nouvelle génération capable de penser, de concevoir et de porter les transformations économiques, sociales et institutionnelles du continent.

Nous accorderons une attention particulière à l’employabilité des jeunes, à l’orientation vers les métiers d’avenir et à la connexion entre la formation, l’entreprise et les besoins réels du marché. Car investir dans la jeunesse, ce n’est pas seulement investir dans des individus ; c’est investir dans la stabilité de nos sociétés, dans l’innovation de nos économies et dans la souveraineté de demain.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à l’intelligence artificielle ?

Une place absolument centrale. L’intelligence artificielle transforme déjà les modèles économiques, les métiers de la finance, les méthodes d’analyse, les chaînes de production, les systèmes d’information et les logiques de décision.

L’Afrique ne peut se contenter d’être une simple consommatrice de technologies conçues ailleurs. Nous devons former nos talents, encourager la recherche, soutenir l’entrepreneuriat technologique, développer nos propres solutions et créer un environnement institutionnel, économique et académique propice à l’innovation.

L’IA représente à la fois un défi et une opportunité historique. Elle impose une adaptation rapide de nos systèmes de formation et de nos politiques publiques, mais elle peut aussi devenir un formidable levier d’inclusion financière, en élargissant l’accès aux services, en réduisant certains coûts, en améliorant l’analyse des risques et en favorisant une meilleure intégration des populations encore éloignées du système formel.

Elle peut également contribuer à l’inclusion sociale si nous veillons à ce que son déploiement s’accompagne d’une vision éthique, d’un souci d’accessibilité et d’une volonté de réduction des inégalités.

Quelles seront les premières actions concrètes du Club ?

Notre priorité immédiate est d’achever la structuration institutionnelle du Club. D’ici la fin du mois de juin, nous procéderons à la formalisation juridique de l’organisation, à la mise en place d’un siège opérationnel, au déploiement d’un site internet fonctionnel et au renforcement de notre présence à travers des plateformes digitales et des pages officielles sur les réseaux sociaux.

Cette étape est fondamentale, car nous voulons bâtir une organisation crédible, structurée, lisible et durable.

Une fois cette base consolidée, nous lancerons progressivement les activités opérationnelles du Club, conformément aux axes prioritaires définis dans notre document de cadrage stratégique. Nous entendons notamment ouvrir des espaces de réflexion appliquée sur la transformation économique, l’inclusion financière, l’inclusion sociale, l’emploi des jeunes, les métiers d’avenir, la souveraineté économique et la compétitivité régionale.

Notre approche est résolument méthodique. Nous croyons à la construction progressive d’un cadre solide, capable de produire un impact réel et durable. L’ambition n’a de valeur que lorsqu’elle s’accompagne de discipline, de cohérence et d’une vision de long terme. Il nous paraît essentiel d’avancer avec rigueur, loin de la précipitation et de l’agitation stérile, afin de garantir la qualité, la crédibilité et la pérennité de nos actions.

Quelle ambition portez-vous pour l’EFC dans les prochaines années ?

Nous voulons faire de l’EFC une plateforme de référence en matière de réflexion économique et financière en Afrique centrale.

Notre ambition est de fédérer les énergies, de faire émerger une expertise africaine crédible et influente, capable d’accompagner les grandes mutations économiques du continent, de participer activement aux débats stratégiques régionaux et internationaux, et d’apporter des contributions tangibles aux enjeux de transformation, d’inclusion et de création d’opportunités.

Nous souhaitons également que l’EFC devienne, à terme, un espace de référence sur les grandes questions liées à l’avenir du travail, aux compétences du futur, aux mutations du secteur financier, aux chaînes de valeur régionales et à l’intégration harmonieuse de notre jeunesse dans les dynamiques de croissance.

Qu’est-ce qui nourrit personnellement votre engagement ?

Ce qui fonde notre engagement, c’est la conviction profonde que l’existence humaine ne saurait être passive. Nous avons le devoir de laisser des traces utiles, des marqueurs de sens, des réalisations qui élèvent la société et servent le bien commun.

Nous croyons que l’Afrique dispose des ressources humaines, intellectuelles et morales nécessaires pour réussir sa transformation. Encore faut-il créer davantage de cadres de réflexion, de transmission, d’action et d’ouverture, afin que les compétences africaines puissent pleinement contribuer au développement du continent.

Au fond, notre engagement procède d’une exigence simple : être utiles, être responsables, être à la hauteur de ce que notre époque attend de nous.

Quel héritage souhaitez-vous laisser à travers cette initiative ?

Il ne s’agit pas d’une aventure personnelle. Il s’agit d’une œuvre collective portée par des femmes et des hommes engagés, réunis par une même conscience de leurs responsabilités et par le désir de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs capables de penser et de défendre les intérêts du continent avec confiance, compétence, hauteur de vue et sens de la responsabilité.

L’enjeu dépasse les personnes. Il consiste à bâtir une dynamique durable, un réseau d’intelligence, de solidarité et d’influence capable d’accompagner, sur le long terme, les transformations économiques et sociales de l’Afrique centrale.

Si héritage il doit y avoir, nous souhaitons qu’il soit celui d’une institution qui aura contribué à structurer la pensée, à ouvrir des perspectives, à rapprocher les mondes qui se parlent trop peu, et à rendre possible une Afrique plus souveraine, plus inclusive et plus ambitieuse.

Quelle est votre plus grande inquiétude pour l’avenir économique du continent ? Et votre principal motif d’espoir ?

Notre inquiétude serait de voir l’Afrique demeurer en marge des grandes mutations économiques, industrielles et technologiques en cours. Le monde avance rapidement, et nous devons accroître notre capacité d’anticipation, de préparation et de projection.

Mais notre principal motif d’espérance réside dans la jeunesse africaine. Cette génération est créative, agile, entreprenante, audacieuse et profondément connectée aux transformations du monde. Elle constitue une réserve exceptionnelle d’énergie, d’intelligence et d’innovation pour le continent.

À condition de lui donner accès à la formation, au financement, aux opportunités, à l’accompagnement et à des débouchés réels dans les métiers d’avenir, cette jeunesse peut devenir le moteur le plus puissant de notre renaissance économique et sociale.

Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse africaine ?

Nous voudrions dire à la jeunesse africaine que le continent a besoin de son intelligence, de sa créativité, de sa discipline et de son engagement.

L’Afrique dispose d’opportunités considérables, mais son avenir dépendra de notre capacité collective à innover, à entreprendre, à nous former continuellement et à construire des solutions adaptées à nos réalités. Elle dépendra aussi de notre volonté de faire de l’inclusion financière, de l’inclusion sociale, de l’emploi des jeunes et de la valorisation des métiers d’avenir des priorités concrètes plutôt que de simples intentions.

La jeunesse africaine ne doit pas seulement aspirer à une réussite individuelle. Elle doit également porter une ambition collective : celle d’une Afrique qui pense par elle-même, transforme ses ressources, crée ses propres solutions, protège sa dignité et impacte durablement le monde.

Votre réaction à propos de cet article

Ajouter un commentaire

https://voixdesjeunes.com/assets/images/user-avatar-s.jpg
Écrivez le premier commentaire pour cela!