Écoles normales supérieures : Fin des auditeurs libres
La mesure, annoncée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, marque un tournant dans la politique de formation des enseignants et s’inscrit dans un contexte de relance des concours d’intégration directe à la fonction publique, suspendus depuis 2022.

Le gouvernement a décidé de mettre un terme au recrutement des auditeurs libres dans les Écoles normales supérieures du Cameroun. Dans une correspondance officielle datée du 21 janvier, adressée notamment au recteur de l’université de Yaoundé I, tutelle de plusieurs Écoles normales, le ministre ordonne l’arrêt immédiat de l’admission de nouveaux auditeurs libres. Cette décision est motivée par la volonté des pouvoirs publics de réorganiser le dispositif de recrutement des enseignants et de mieux réguler les flux de formation, devenus, selon les autorités, difficilement soutenables.

Depuis la suspension des intégrations directes, les Écoles normales ont continué à former des enseignants, mais sans garantie d’un recrutement automatique dans la fonction publique. Ce vide institutionnel a favorisé une montée en puissance du statut d’auditeur libre, permettant à de nombreux candidats d’accéder à la formation, moyennant le paiement de frais souvent élevés, mais sans perspective claire d’emploi à la sortie.

Le ministre de l’Enseignement supérieur justifie également sa décision par « le nombre très élevé des auditeurs libres déjà formés ou en cours de formation ». Selon un collectif d’auditeurs libres mobilisé pour la défense de leurs intérêts, près de 10 000 enseignants auraient été formés depuis 2023. Ces derniers estiment que l’État dispose désormais d’un vivier suffisant et plaident pour que les prochaines intégrations dans la fonction publique se fassent prioritairement parmi ces diplômés.

Le document ministériel rappelle qu’après l’arrêt des formations débouchant directement sur l’intégration, les Écoles normales ont procédé à des recrutements massifs d’auditeurs libres. Dans certaines institutions, les effectifs admis ont atteint jusqu’à 700 candidats par an, contre environ 130 lorsque le système d’intégration directe était en vigueur. Une situation qui a profondément modifié l’équilibre pédagogique et financier de ces écoles.

Cette croissance rapide des effectifs n’est pas sans conséquences. Elle a déjà conduit, par le passé, à une première suspension du recrutement des auditeurs libres, décision qui avait provoqué de vives tensions au sein des Écoles normales. Pour ces établissements, la formation des auditeurs libres est devenue, au fil des années, une source importante de recettes, contribuant au fonctionnement quotidien et à la prise en charge de certaines charges académiques.

La nouvelle décision gouvernementale relance donc le débat sur le financement des Écoles normales et sur l’avenir des milliers de jeunes formés sans perspective immédiate d’intégration. Pour l’heure, aucune date de reprise du recrutement n’est annoncée. La suspension est effective « en attendant d’autres directives gouvernementales », précise la correspondance ministérielle, laissant planer l’incertitude sur la durée de la mesure et sur ses implications concrètes pour les candidats et les institutions concernées.

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