Violences basées sur le genre : Féminicides, la société civile presse les autorités de relancer la loi
Face à la hausse des féminicides, la société civile presse les autorités de relancer l’avant-projet de loi contre les violences basées sur le genre. Réunies le 2 novembre à Yaoundé, plusieurs organisations dénoncent une version réduite à 19 articles et réclament le retour au texte de consensus adopté à Ebolowa.

Le point de presse s’est tenu lundi 2 novembre à l’Hôtel des députés, à Yaoundé, sur le thème « Évolution du processus d’élaboration de l’avant-projet de loi relatif aux violences basées sur le genre ». Autour de la table, Yvonne Léopoldine Akoa, présidente nationale de l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ), Régine Ndjiki Botol, présidente fondatrice de l’association Un geste pour mon prochain (AGESPRO), Esther Ayuk, présidente du Cameroon Young Jurists Legal Resource Center (CYJULERC), et Élise Pierrette Memong Meno épouse Mpoung, cofondatrice et présidente de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF). Le magistrat Ulrich Xavier Ovono Ondoua, qui a coordonné la rédaction de l’avant-projet, était également présent.

Le constat de départ est glaçant. Selon les chiffres présentés dans leur déclaration, 56 féminicides ont été recensés en 2023, 69 en 2024 et 74 en 2025. Pour 2026, près de 70 cas auraient déjà été enregistrés, alors que l’année n’est pas terminée.

Le processus remonte à novembre 2023, lorsque le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a lancé l’élaboration d’un avant-projet de loi. Après une large concertation, associant environ 2 500 personnes, une cinquantaine d’ONG et plusieurs ministères, un texte consensuel d’une soixantaine d’articles a été adopté à Ebolowa en février 2026.

Le texte définit les violences, les incrimine, les sanctionne et prévoit une ordonnance de protection pour les victimes, un outil qui n’existe pas aujourd’hui dans le droit camerounais. Il s’attaque aussi au harcèlement sexuel au travail, à l’école et à l’université, absent des textes actuels.

Mais selon la société civile, une autre version, réduite à 19 articles, a ensuite été transmise aux services du Premier ministre. Le 15 juillet 2026, les organisations avaient déjà saisi le chef du gouvernement. Elles demandaient à être associées aux discussions, à voir le féminicide clairement pris en compte et à obtenir une meilleure protection des défenseurs des droits des femmes.

Deux lois plutôt qu’une

Pour les associations, la future loi doit prévenir les violences, punir les auteurs et accompagner les victimes. Elles réclament aussi deux textes distincts, l’un consacré aux violences basées sur le genre, l’autre à la protection des enfants, estimant que ces deux combats appellent des réponses différentes.

Leur demande est claire. Reprendre les discussions sur la base du texte d’Ebolowa, les associer aux prochaines étapes et soumettre le projet aux députés dès la session parlementaire de novembre. L’ACAFEJ refuse une « loi cosmétique » et défend un texte capable de « régler le problème à la racine ».

Pour les jeunes femmes, élèves et étudiantes en tête, l’enjeu est concret. Une loi qui protège enfin contre le harcèlement en classe ou à l’université, et qui permet d’éloigner un agresseur avant qu’il ne soit trop tard, peut sauver des vies.

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