Fusion E.CAM & GICAM : Pourquoi avons-nous signé le traité de fusion ?
La présente contribution participe de la dialectique du processus de fusion GICAM & E.CAM, formellement acté le 05 avril 2023, date de la signature du traité de fusion par le Président du Groupement Inter-patronal du Cameroun (GICAM), Célestin Tawamba, et moi-même en tant que Président d’Entreprises du Cameroun (E.CAM), en présence des Membres des Conseils d’administration des deux Organisations et des médias.

Elle vise principalement à rappeler les enjeux et les perspectives pour les Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) relativement à cette fusion, compte-tenu des activités réalisées par E.CAM depuis 2009,qui ont abouti à la mise en place dun dispositif daccompagnement et de financement de cette catégorie dentreprises. Ledit dispositif est fondé sur lapproche filière et nécessite une étroite collaboration avec les Grandes entreprises (GE), réunies au sein du GICAM.

En effet, les MPME occupent une place déterminante dans léconomie de tous les pays, sans exception. Elles constituent la colonne vertébrale du système de production des biens et services et sont de fait le principal facteur de stabilité de léconomie en cas de crise, du fait précisément de leur taille réduite et de leur capacité dadaptation plus rapide et plus efficace que celle des grandes entreprises. Elles sont également pourvoyeuses du plus grand nombre demplois et participent largement à la part du produit intérieur brut (PIB) attribuée aux grandes entreprises (60 à 70%), alors que la leur est souvent plus limitée (30 à 40%), parce quelles interviennent généralement dans les maillons périphériques de la chaîne de production, en tant que sous-traitants, fournisseurs ou détaillants des produits fabriqués par les GE.

La fusion dECAM et du GICAM a suscité un intérêt qui nous a nous-mêmes surpris. Personne, pas même les acteurs ne soupçonnait un tel engouement. Jamais auparavant une opération navait été autant commentée, chacun sautorisant à donner un avis plus ou moins sincère.  

Il faut souligner que la fusion est quelque chose dassez rare dans notre écosystème culturel et économique. Notre littérature économique est assez avare en chroniques rendant compte des initiatives  de regroupements (dinitiatives locales). Tout le monde veut évoluer seul. Tout le monde veut être son propre chef. Et pourtant quelle force on constituerait. Imaginez nos hommes daffaire sassocier ?

On peut fusionner pour plusieurs raisons :

- Raison defficacité

- Raison de complémentarité

- Pour acquérir quelque chose (un brevet, un savoir, un savoir-faire, une technique, une réputation)

Pour ce qui concerne ECAM, nous partageons avec le GICAM le même ADN, les mêmes valeurs. Notre agilité pourra compter sur lexpérience du GICAM et la forte capacité de mobilisation des ressources, notre fraîcheur et jeunesse pourra infléchir la « rigidité » du GICAM afin que main dans la main, nous puissions ensemble traiter des problèmes de financement des PME, des problèmes dorganisation.

Enjeux de la fusion GICAM & E.CAM pour les MPME

La situation des MPME, dans le contexte de lAfrique subsaharienne en général, et du Cameroun en particulier, ne peut pas être abordée sans tenir compte de lenvironnement socioculturel dans lequel elles déploient leurs activités. A cet égard, nous ne retiendrons ici que la culture de la transmission orale qui caractérise fondamentalement la gouvernance économique et sociale de  nos communautés, et par conséquent la gestion de nos entreprises.

Or, fondamentalement, le concept dentreprise renvoie à une organisation formelle, constituée sur la base de choix stratégiques éclairés par des études approfondies.

Les enjeux de la fusion GICAM & E.CAM se situent précisément dans la capacité de la nouvelle centrale patronale à transformer structurellement les MPME en les amenant à prendre en compte lensemble des fonctions dans la gestion quotidienne des entreprises, afin dassurer la pérennité de leurs activités et une contribution plus efficace au développement économique et social du Cameroun.

Il apparaît ainsi que, selon les études de lInstitut National de la Statistique (INS) et la Banque Mondiale (BM), sur une population active estimée à 10 818 499 en 2020, environ  341 000 sont formellement employés par le secteur public et 670 000 par le secteur privé. Ce qui laisse au secteur informel 9 807 499 dactifs dont la situation économique et sociale nest pas clairement maîtrisée par une quelconque organisation. Lun des objectifs de la fusion GICAM & E.CAM est de remédier à cette situation en créant, en partenariat avec le Gouvernement et toutes les autres parties prenantes, un environnement des affaires suffisamment sécurisé et attractif pour les entrepreneurs, les dirigeants dentreprises  et les investisseurs camerounais et étrangers.

Lon dénombrait 87 422 MPME en 2009 contre 202 980 MPME en 2016, soit une augmentation de 115% dans lintervalle. Ces MPME représentent 99,8% des entreprises recensées, contre 0,2% pour les GE, sur un total de 203 387 entreprises recensées en 2016. La répartition des MPME reste largement en faveur des TPE quel que soit le secteur dactivité considéré, comme cela a été le cas en 2009 daprès les résultats du RGE-1.

En se fixant un objectif de 30% demplois formels dici 2030, soit 3 245 550, par rapport à la population active estimée en 2020, la nouvelle centrale patronale devrait mobiliser au moins 660 103 MPME formellement constituées et mises en relation avec les GE et les institutions financières.

Perspectives de la fusion GICAM & E.CAM pour les MPME

Les statistiques officielles relatives à lemploi et la structure du tissu des entreprises du Cameroun contrastent avec la réalité socioéconomique et tendent à démontrer quil existe déjà un tissu économique et industriel qui, bien quencore artisanal et rudimentaire, emploie la grande majorité de la population active. 

Lobjectif dinsérer 660 103 MPME dans les circuits économiques et financiers formels dici 2030 nest donc pas utopique, car dans les faits une grande partie existe déjà et ne demande quà être développée, grâce à des outils de gestion et un système financier adaptés au contexte socioculturel local.

Les perspectives de la fusion GICAM & E.CAM doivent donc être appréhendées à travers la migration progressive et systématique des MPME du secteur informel vers celui formel, offrant ainsi au système financier la possibilité de conquérir et de développer ce segment de clientèle, considéré comme le plus risqué par rapport aux grandes entreprises, aux particuliers et aux administrations publiques ou privées.

La création dune nouvelle centrale patronale, qui se veut être la plus PUISSANTE et la plus FORTE en Afrique centrale, au-delà de répondre à la demande de plus en plus prégnante des dirigeants dentreprises de disposer dun environnement des affaires plus favorable au développement de leurs activités, constitue également une réponse à lappel des Autorités publiques du Cameroun et de lensemble de la sous-région de lAfrique centrale, qui nont pas cessé au cours des 20 dernières années dinterpeler le secteur privé, afin quil prenne enfin la place qui est la sienne dans la transformation structurelle de léconomie.

Toutes les mesures prises aussi bien au plan national que régional (ZLECAF, restructuration BDEAC), ouvrent des perspectives incommensurables aux MPME et appellent leurs Dirigeants à réaliser leur part du contrat social qui les lie au Gouvernement, à travers notamment le développement de leurs activités, linsertion professionnelle des jeunes et la collecte de limpôt à la porte et à lintérieur du pays. En effet, il ne peut y avoir un ETAT FORT sans ENTREPRISES FORTES, et la force de lEtat vient de ses recettes fiscales nourries et collectées presquexclusivement par les entreprises.

6 345,1 milliards de FCFA, cest le budget de lEtat du Cameroun pour le compte de lexercice 2023. 4 758,1 milliards de FCFA, cest le total des crédits bancaires à léconomie en Janvier 2023, selon les statistiques du Comité National Economique et Financier (CNEF). Au 31 décembre 2021, le total des crédits bancaires au Cameroun est estimé à 4 312 milliards de FCFA, pour un PIB estimé à environ 27 000 milliards  de FCFA, soit un taux de crédit bancaire à léconomie de 16%, pour un seuil minimal de 60% observé pour les pays émergents en général. Ces indicateurs sont médiocres pour un pays comme le Cameroun qui compte plus de 27 millions dhabitants ; et le secteur privé en porte une part de responsabilité quil est question désormais de prendre à bras le corps.

Cest le sens à retenir de la fusion GICAM & E.CAM. 

 

Fait à Douala, le 23 mai 2023

Protais AYANGMA, Président d’E.CAM
Je suis bien entourée parceque je le vaux bien.

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