Transition Politique et les chances de l’opposition : Première partie
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Transition Politique et les chances de l’opposition  : Première partie
Léonel Loumou : « Aujourd’hui, l’opposition camerounaise n’a pas les moyens de prendre le pouvoir par les urnes et la visite du président Macron a été un renseignement sur qui est le véritable patron politique au Cameroun »

Incapable de travailler ensemble, ni de partager une vision commune pour la conquête du pouvoir, l’opposition camerounaise peine à imprimer sa marque dans le perspective de la transition politique dans le pays. Le président de la République, Paul Biya souffle dans quelques jours, sur sa 40e bougie de pouvoir. Un âge mûr assorti d’une grande expérience dans l’exercice de magistère suprême vers le quel lorgnent tous les prétendants. Or, pour être un parti véritablement national, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) au pouvoir affine sans cesse son maillage pour rester aux commandes du Cameroun. Ce qui fait dire à l’interviewé, associé gérant du cabinet conseil en stratégie, lobbying et influence, Orin Consulting Group que les concurrents du parti au pouvoir risquent de jouer un rôle de figurant ou même de complice coupable le moment venu.

Entretien libre, réalisée par le cabinet Orin Consulting Group.

Alors que le président Paul Biya a engagé la deuxième moitié de son septennat, la transition politique est de plus en plus évoquée dans la presse et dans les milieux politiques. A votre avis, l’opposition camerounaise a-t-elle les moyens de prendre le pouvoir dans les urnes le moment venu ?

En l’état des choses l’opposition camerounaise ne peut objectivement pas prendre le pouvoir dans les urnes. Elle n’a pas les moyens politiques, financiers, étatiques et mêmes diplomatiques nécessaires. Elle n’arrive déjà pas à se définir elle-même, à dire qui est dans ses rangs et qui ne l’est pas, elle n’est pas unanime sur la manière dont le combat pour le pouvoir doit se mener et qui doit sonner la charge ou porter l’estocade. En plus, et plus grave encore, elle peine à mobiliser les exclus du jeu politique qui sont ici la masse critique. Prendre le pouvoir par les urnes, demande d’avoir une influence certaine et même un relatif contrôle sur l’ensemble ou du moins une partie du processus électoral, qui ne se limite pas à battre campagne et à faire le tour des plateaux télé. Prendre le pouvoir, c’est exercer un contrôle (même par procuration) sur les leviers névralgiques du fonctionnement de l’État. C’est la raison pour laquelle, certains ministres et anciens ministres constituent aujourd’hui une menace plus sérieuse comparé à l’opposition. Vous pouvez gagner une élection, sans avoir les moyens de prendre le pouvoir.

Lors de la campagne présidentielle de 2018, durant laquelle j’étais l’un des conseillers du bâtonnier Akere Muna, nous devrions répondre à une question qui leur avait été posée [aux stratèges de la campagne du Sdf] par Solomon Tandeng Muna (déjà en retrait de la vie politique) lors de la campagne de 92, avec Fru Ndi. « Et même si vous remportez l’élection… comment vous faites pour prendre le pouvoir ? ». La suite nous la connaissons tous.

Les leaders politiques et les stratèges des partis politiques devraient considérer ceci : dans notre contexte, les urnes sont pour le pouvoir en place, une étape et un moyen de la légitimation du « président désigné » par le système et non le moyen par lequel le président sera désigné. Et pour l’opposition, dans notre contexte, les urnes sont un levier de négociation politique pour l’accession au pouvoir et non le moyen par lequel l’opposition accèdera au pouvoir. Bousculez le Rdpc dans les urnes et faites-vous entendre au cœur du système … et là vous serez à la table. Vous aurez l’opportunité de changer les choses, si vous ne commettez pas la même erreur que le Chairman du Sdf, de ne pas se rendre aux négociations avec le président Biya, par orgueil et par manque de confiance en ces principaux conseillers politiques.

Mais encore… Il faudrait d’abord dire qu’au Cameroun, ll n’y a pas un bloc opposition, il y’a des oppositions diffuses. Ce qui est un sérieux handicap dans la conquête du pouvoir, en matière de mutualisation des forces face à un ogre comme le Rdpc. Alors de quelles oppositions nous parlons ici ?

Une rencontre entre les principaux leaders de l’opposition et Emmanuel Macron a été un temps envisagée lors de la récente visite du président français au Cameroun avant d’être finalement annulée. C’est un indicateur de la réelle influence de cette opposition ?

C’est assurément un indicateur non seulement de la réelle influence de l’opposition camerounaise mais, un révélateur de leur incapacité à s’imposer et à se faire respecter tant par les puissances étrangères que par le pouvoir en place. L’image a été sur un plan politique désastreuse. Aucun leader de l’opposition n’a été capable d’imposer un rapport de force qui aurait obligé Étoudi et l’Élysée à consentir à une entrevue entre le président Macron et certains leaders opposants même pour la forme. L’occasion leur étaient donnée, à cette partie de l’opposition qui assume ses « divergences politiques » avec le président Biya, de faire une démonstration de force par un certain nombre d’actions stratégiques soit de communication ou de mobilisation et même héroïques. Nous avons assisté à des demandes d’audience publiques sur Facebook, des opposants sont devenus des commentateurs de la visite du président français puis, ils sont allés faire la queue à l’institut français de Yaoundé en attendant d’être reçu par les collaborateurs de l’Élysée.

On a tôt faire de dire que, si l’un des partis avait mobilisé ces militants pour un contre meeting à cette visite ou pour faire entendre sa voix, la répression aurait été violente et sanglante. Mais dites-moi, peut-on embastiller plus de quatre et cinq milliers de citoyens qui marchent pour leur opinion à l’aube d’une visite d’un président français au Cameroun ? Non. Le problème est simple, aucun parti de l’opposition ne peut mobiliser plus de cinq milliers de militants et même de sympathisants dans notre contexte… comme nous l’avons vu au Tchad avec Succès Masra dernièrement.

Et Cette séquence, de la visite du président Macron a surtout été un renseignement sur qui est le véritable patron politique au Cameroun en ce moment. Le président Biya. Lors des préparatifs de cette visite, certains dans l’entourage du président français militaient et travaillaient pour qu’il y ait des rencontres entre Emmanuel Macron et certains opposants Camerounais. Bien que l’Élysée et l’ambassade de France au Cameroun traversaient une crise de confiance et étaient en désaccord sur certains points, cette idée semblait avoir gagner du terrain côté français. Un premier programme de la visite proposait ces entrevues avec les leaders de l’opposition. Mais la réponse d’Étoudi à cette idée a été sans appel, et sans condition. Ce qui avait retardé entre autres souvenez-vous, la sortie du programme officiel. Si le président Macron n’a pas reçu les leaders de l’opposition … c’était pour ne pas être discourtois envers son homologue Camerounais, sachant déjà la délicatesse de la visite et des sujets à discuter. Alors, de quoi est capable notre opposition ?

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