Fichier solde de l'État : Dans l'étau de faux documents
La diffusion virale de supposés bulletins de solde attribués à des agents publics, affichant des montants jugés excessifs en raison d’un nombre d’enfants prétendument très élevé, a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux.

Présentés comme la preuve de graves dérives dans la gestion des finances publiques, notamment des allocations familiales, ces documents ont alimenté indignation et soupçon. Le gouvernement a formellement démenti, évoquant des montages frauduleux, tout en mettant en lumière les fragilités de l’environnement numérique de l’État face à la désinformation.

Dans un communiqué rendu public le 28 janvier 2026, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, indique que des vérifications approfondies ont été menées à partir des éléments diffusés en ligne. Ces investigations ont permis d’identifier les bulletins authentiques dans Aigles, l’Application informatique de gestion logique des effectifs et de la solde, plateforme officielle de gestion des ressources humaines et salariales de l’État. Les documents relayés sur les réseaux sociaux, précise le ministre, « ont été falsifiés à des fins non avouées ».

Selon les autorités, les auteurs de ces faux ont volontairement supprimé certaines mentions clés, notamment celles indiquant qu’il s’agissait de rappels d’allocations familiales, c’est-à-dire des arriérés versés après régularisation des dossiers. Les données relatives au nombre d’enfants auraient également été modifiées afin de faire croire à des paiements indus. Le ministère des Finances assure que la chaîne de la solde reste strictement encadrée par des procédures établies et réaffirme son engagement à garantir la qualité et la sincérité de la dépense salariale publique. Les citoyens sont appelés à la prudence face aux contenus non vérifiés.

Quelques jours plus tôt, le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra) avait déjà tiré la sonnette d’alarme, dénonçant un « grossier montage » circulant dans la blogosphère. Il invite les agents publics et l’opinion à consulter exclusivement les canaux officiels, notamment le portail Aigles. Mis en service le 1er janvier 2025, ce système permet l’enregistrement et la mise à jour des données administratives, le calcul automatisé des salaires et des allocations, l’édition sécurisée des bulletins de solde et la protection des informations. Aigles a remplacé les anciens systèmes Sigipes I et Antilope dans une logique de centralisation et de transparence accrues.

Au-delà de l’incident, l’affaire révèle les défis posés par la montée en puissance des outils numériques, parfois appuyés par l’intelligence artificielle, capables de produire des faux documents difficilement détectables par le grand public. Cette désinformation visuelle peut porter atteinte à la crédibilité des institutions, nourrir la défiance citoyenne et fragiliser les réformes en cours. Pour en tirer les enseignements, le Minfopra prévoit les 29 et 30 janvier à Yaoundé une rencontre sur le thème : « Aigles, une année au service de l’administration publique dans un contexte de montée en puissance de l’IA : évaluations et perspectives », avec pour objectif de renforcer à la fois les systèmes et la confiance.

Votre réaction à propos de cet article

Ajouter un commentaire

https://voixdesjeunes.com/assets/images/user-avatar-s.jpg
Écrivez le premier commentaire pour cela!